La voix des anges
avril 14th, 2009 § Laisser un commentaire
A Berlin, ce vendredi Saint, 10 avril, fut un jour béni pour les amateurs de folk haut de gamme : ce soir-là, Alela Diane passait en ville. Le concert avait lieu à Kreuzberg, plus précisément au Lido, salle de moyenne capacité – qui accueille aussi bien des concerts que des soirées – dont l’élégant dénuement cadrait très bien avec l’événement. Sans surprise, le concert est ausverkauft (complet). Quant au public, il est assis, à l’exception des piliers de comptoir et des spectateurs qui, comme mézigue, ont préféré faire l’impasse sur la première partie et qui, du coup, seront privés de chaise. Et bien soit, l’affaire se jouera debout, en espérant que mon vieillissant organisme tienne le coup…
Dans une atmosphère recueillie, Alela Diane arrive sur scène, donnant seule à la guitare le coup d’envoi du concert. Elle est ensuite rejointe par son père Tom, tous deux interprétant ensemble la deuxième chanson. Une fois celle-ci terminée, trois autres accompagnateurs font leur apparition, parmi lesquels encore un Tom, ci-devant bassiste et petit ami d’Alela. A partir de ce moment-là, les choses se compliquent car le jeune homme – un bellâtre de la plus belle espèce – se livre à de grotesques trémoussements dès qu’il tripote son instrument, ce qui gâte un brin le spectacle… Cette préjudiciable présence est fort heureusement contrebalancée par celle d’un batteur hirsute et halluciné, partisan manifeste du flower-power, et d’une choriste tout à fait délicieuse. Une fois tous réunis, ils forment un groupe pas orthodoxe pour un sou, qui hélas, musicalement parlant, manque de relief et a tendance à ronronner un peu. Est-ce dû à la fatigue d’une tournée de deux mois qui s’achève par cette date berlinoise ? Toujours est-il que, durant cette première partie du concert, le charme (pourtant puissant) des chansons d’Alela Diane n’agit pas vraiment. Cela provient sans doute aussi du fait que les chansons jouées sont, pour l’essentiel, extraites de To Be Still, le deuxième album de Lady Diane, qui se situe quelques coudées en dessous du premier, l’ensorcelant The Pirate’s Gospel.
Une lueur d’espoir jaillit lorsque le groupe interprète, avec tout l’éclat de rigueur, The Ocean, l’une des chansons-phares de To Be Still. A l’issue de ce morceau de bravoure, les trois hommes vont s’éclipser, laissant Alela et sa choriste seules sur scène : l’espérance est alors à son comble… Elle ne sera pas déçue, les deux jeunes femmes offrant notamment une version frémissante à souhait du somptueux Oh ! My Mama.
Quelques chaleureuses salves d’applaudissements suffisent à sonner l’heure du rappel : Alela revient d’abord seule, sur la pointe de My Tired Feet. Elle rappelle ensuite ses partenaires, demande au public de se lever et de battre la mesure en tapant du pied et des mains : au son de cette chanson mirifique qu’est The Pirate’s Gospel, tous partagent alors un moment de grâce parfait.
Pour rentrer chez soi, il n’y avait plus qu’à se laisser porter par les anges…