Aventures sans envergure

octobre 3rd, 2010 § Laisser un commentaire

Vu Nuits rouges (1974) de Georges Franju. Hormis Le sang des bêtes, aucun des films de Franju que je connais ne m’incite à penser qu’il s’agit d’un maître ou, moins encore, d’un franc-tireur. Je me souviens en particulier avoir été terriblement déçu lorsque j’ai découvert Les Yeux sans visage, film qui occupe une place de choix dans l’inconscient collectif cinéphile mais que je trouve assez empesé et dénué d’éclat merveilleux. Pour tout dire, dans la grande famille du cinéma français, Franju ne me semble pas si éloigné d’un Clouzot, les deux opérant dans le drame social, le policier ou le fantastique sans parvenir le plus souvent à se départir de cette lourdeur inhérente aux professionnels de la profession – le vernis pseudo-poétique appliqué sur certains de leurs films n’arrangeant rien, bien au contraire. Ce ne sont certes pas ces Nuits rouges, bien pâles, qui vont m’amener à réviser mon opinion sur leur auteur.

Adaptation pour le grand écran d’un feuilleton télé en huit épisodes – intitulé L’homme sans visage et diffusé à l’époque sur TF1 – réalisé par Franju au début des années 1970, Nuits rouges relate les aventures rocambolesques d’un mystérieux criminel, prêt à tout pour faire main basse sur le trésor des Templiers. Epaulé par un savant machiavélique, capable de transformer n’importe quel individu en machine à tuer, l’homme sème l’effroi et met la police parisienne aux abois.

Loin de retrouver la magie des sérials d’antan, vers lesquels il lorgne ostensiblement, Franju signe un film besogneux, aux péripéties molles et au déroulement cousu de fil blanc. Terne au possible, l’ensemble exsude une forte odeur de vieillot, encore accentuée par la présence de seconds couteaux un brin rouillés tels que Patrick Préjean, Gert Froebe ou Raymond Bussières (Raymond Bussières !). A quelques détails superficiels près, l’on pourrait facilement croire que le film date des années 1940 ou 1950. Au final, en dépit de la présence au générique de Jacques Champreux, petit-fils de Louis Feuillade, Nuits rouges rappellerait plutôt le Fantômas d’André Hunebelle (oui, oui, celui avec Louis de Funès et Jean Marais) et déçoit totalement les attentes suscitées par son titre, si prometteur…

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